Articles tagués hassan

Au Liban, le clan Moqdad enlève des Syriens, et importe leur conflit


Le Monde.fr | 16.08.2012 à 19h01 • Mis à jour le 16.08.2012 à 22h48

Par Shahzad Abdul

12081704_SYRIE+X1P1.jpg

 

Ce jeudi 16 août se tenait une « réunion du dialogue national » au Liban, rassemblant les différents partis politiques. Tout un symbole, alors que cette nuit a été marquée par des violences à Beyrouth, après une série d’enlèvements de Syriens, revendiqués par le clan libanais Al-Moqdad. Ce puissant clan chiite affirme détenir plus de vingt Syriens qui appartiendraient à l’Armée syrienne libre (ASL), en représailles à l’enlèvement d’Hassan Al-Moqdad, un des membres de leur clan, par un groupe armé de l’ASL deux jours auparavant. Les rebelles syriens l’accusant d’être un franc-tireur et un membre du Hezbollah, le mouvement chiite libanais qui soutient le régime de Bachar Al-Assad.

Qui sont les membres de ce clan, qui peut se permettre de kidnapper une vingtaine de ressortissants syriens, ainsi qu’un Turc et un Saoudien, et menacerpubliquement l’ASL de représailles plus larges ? Les Moqdad sont un clan de plusieurs milliers de personnes, originaires de Baalbek (est), berceau du Mouvement de la résistance islamique (ancêtre du Hezbollah), à la frontière syrienne, et également implanté dans la banlieue sud de Beyrouth. « Il gravite autour du Hezbollah, sans lui faire allégeance. Le ‘parti de Dieu’ a toujours entretenu une relation complexe avec les clans familiaux chiites de la région, dont les Moqdad, qui lui ont déjà fait perdre des élections. Il bénéficie à la fois de la protection du mouvement chiite et d’une certaine autonomie vis-à-vis de lui », explique Franck Mermier, anthropologue et directeur de recherche au CNRS, spécialiste du Liban.

« CES ENLÈVEMENTS SONT UNE BOÎTE DE PANDORE »

De fait, le clan, dont le quartier général se trouve dans le sud de la capitale, a promis de s’en prendre à d’autres Syriens, qui seront désormais « tous des cibles légitimes ». Autant que les ressortissants des pays du Golfe, que les Moqdad accusent de soutenir les rebelles syriens. A tel point que l’Arabie saoudite, suivie par le Qatar, le Koweït, le Bahreïn et les Emirats arabes unis ont exhorté leurs citoyens à quitter immédiatement le pays, où leur sécurité n’est plus garantie par le gouvernement, « tenu par un équilibre de la terreur », selon Frank Mermier, auteur de Leaders et partisans au Liban (Karthala).

Dans la nuit de mercredi à jeudi, l’annonce, démentie ensuite, de la mort de quatre chiites libanais détenus en Syrie, a plongé la capitale dans la violence. La route stratégique menant à l’aéroport a été coupée. La timide réponse du gouvernement, paralysé par la politique de consensus des deux principaux mouvements politiques, celui du 8-Mars (au pouvoir, coalition dominée par le Hezbollah) et celui du 14-Mars (coaltion dominée par le mouvement de Saad Hariri), est révélatrice de la difficulté du pouvoir à maintenir l’ordre dans le pays. « L’absence de réaction ferme de la part du gouvernement face à l’irruption de la violence des clans sur la scène libanaise est un miroir grossissant. La violence s’installe dans l’espace public libanais, avec une technique qui a un long passif au Liban : la prise d’otage », analyse Daniel Meier, chercheur au Centre d’études libanaises de Londres. « Ces enlèvements sont une boîte de Pandore : ils révèlent ce qu’il est possible de faireau Liban. D’autres clans vont certainement se dire, ‘c’est possible, pourquoi pas nous ?’« , regrette le chercheur.

« LE GOUVERNEMENT LIBANAIS JOUE LA VICTIMISATION »

Se faire vengeance soi-même, puisque le gouvernement est trop faible pour agir : c’est bien dans cette optique que le clan Moqdad a adressé un ultimatum aux rebelles syriens, demandant la libération de Hassan Al-Moqdad dans les 48 heures. Faute de quoi, le clan menace d’exécuter ses otages. Le président libanais Michel Sleiman s’est contenté d’un appel au calme : « Si Dieu veut, les Libanais en Syrie seront relâchés, ainsi que les Syriens enlevés au Liban. »

Pour Elizabeth Picard, directrice de recherche au CNRS, le « vrai problème aujourd’hui, c’est qu’au Liban, on peut enlever n’importe qui, pour n’importe quoi. Les premières victimes, ce sont les immigrés syriens, qui sont toujours les premiers à être assassinés en cas de troubles intérieurs. Déjà, en 2006 et 2008[années de la guerre entre Israël et le Hezbollah et de loffensive des partisans du Hezbollah sur les quartiers sunnites de Beyrouth], plusieurs dizaines d’entre eux sont morts ».

La montée des violences au Liban est intimement liée aux événements syriens. Historiquement, les conflits syriens ont toujours débordé chez le voisin libanais.« Bachar Al-Assad avait prévenu qu’il mettrait la région à feu. En face, les pays du Golfe qui soutiennent l’ASL laissent entrer de l’argent et soutiennent des groupes armés sunnites. Entre les deux, le gouvernement libanais, qui joue la victimisation, instrumentalise cette double intervention pour tenter de regagner en influence dans sa politique intérieure », explique la spécialiste des relations syro-libanaises. Symbole du glissement du conflit syrien au Liban, la ville frontalière de Tripoli cristallise les tensions communautaires entre le quartier alaouite pro-régime syrien et le quartier sunnite, pro-rebelles.

Le Hezbollah chiite, qui soupçonne les rebelles syriens de se servir du Liban comme d’une base arrière avec le soutien des pays du Golfe, se sent directement concerné par les événements syriens. Car en cas de chute du régime baasiste, il perdrait un allié régional de taille, et serait en première ligne face aux puissances régionales sunnites.

Shahzad Abdul

, , ,

Poster un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :