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A propos des religions


La religion a été définie pour la première fois par Cicéron comme « le fait de s’occuper d’une nature supérieure que l’on appelle divine et de lui rendre un culte ». Dans les langues où le terme est issu du latin religio, la religion est le plus souvent envisagée comme ce qui concerne la relation entre l’humanité et Dieu. Dans le Coran, le terme dîn, qui peut être considéré comme équivalent de celui de religion, désigne avant tout les prescriptions de Dieu. En chinois, le terme zong jiào, inventé au début du pour traduire celui de religion, est connoté de l’idée d’un enseignement pour une communauté. Enfin, le bouddhisme est considéré comme une religion alors qu’il semble n’y être question ni de Dieu, ni de nature divine.

Il n’existe pas aujourd’hui de définition qui convienne à tout ce que l’usage permet d’appeler religion. La religion peut être comprise comme une manière de vivre et une recherche de réponses aux questions les plus profondes de l’humanité, en ce sens elle se rapporte à la philosophie. Mais elle peut aussi être vue comme ce qu’il y a de plus contraire à la raison et jugée synonyme de superstition. Elle peut être personnelle ou communautaire, privée ou publique, liée à la politique ou vouloir s’en affranchir. Elle peut aussi se reconnaître dans la définition et la pratique d’un culte, d’un enseignement, d’exercices spirituels et de comportements en société. 

La religion fait l’objet de recherches universitaires en sciences humaines. Les disciplines telles que l’histoire, la sociologie, l’anthropologie ou la psychologie, étudient des phénomènes ou des faits dits religieux sans pour autant s’appuyer sur une définition qui correspondrait de manière homogène à tout ce qui est ainsi étudié. Selon Pierre Gisel, la question de savoir ce qu’est une religion est une question ouverte : faut-il se contenter de penser que les religions ont toujours une forme institutionnelle avec un clergé, des pasteurs, des imams, des moines ou des gourous, ou considérer aussi comme de la religion les pratiques de développement personnel touchant des domaines allant du sport à la philosophie, ainsi que ce que les libraires regroupent sous le terme générique d’ésotérisme? 

La question de savoir ce qu’est la religion est aussi une question philosophique, la philosophie pouvant y apporter des éléments de réponse, mais aussi contester les évidences des définitions qui en sont proposées. La notion de religion peut être enfin l’objet d’élaborations théologiques, chaque religion pouvant avoir sa propre appréciation de ce qu’il convient d’appeler religion.

 

Définitions de la religion

Origine du concept

La tour de Babel, Bruegel. Illustre un passage de la   Genèse   évoquant une époque où « Toute la terre avait un seul langage et les mêmes mots ».

La tour de Babel, Bruegel. Illustre un passage de laGenèse évoquant une époque où « Toute la terre avait un seul langage et les mêmes mots ».

Si le terme religion est attesté dès l’Antiquité dans les œuvres de Plaute et de Terence au III et II siècle av. J.-C., il faut attendre les œuvres de Lucrèce et de Cicéron pour qu’il fasse l’objet d’écrits philosophiques. Cette réflexion sera prolongée par des auteurs chrétiens latins durant l’Antiquité tardive avec le thème de la « vraie religion ». Durant la période médiévale une religion pouvait désigner une congrégation religieuse, dans le sens où « entrer en religion » signifiait rejoindre un ordre religieux. À cette époque, Thomas d’Aquin définit la religion comme une vertu morale, c’est-à-dire une disposition humaine à faire la volonté de Dieu. À la Renaissance, les grandes découvertes ont amené les Européens à s’interroger sur la spécificité du christianisme et sur ses ressemblances par rapport aux religions non monothéistes.

Au XVIII siècle débute une nouvelle phase de la réflexion sur la nature de la religion, notamment avec Locke et Hume dans l’œuvre desquels s’établit une opposition entre religion naturelle et religion positive, c’est-à-dire entre la religion telle qu’elle devrait être selon la raison humaine et la religion telle qu’elle se présente à l’observation. À leur suite, au tournant des XVIII et XIX siècles, une philosophie de la religion a été développée dans les œuvres de Kant, Hegel et Schleiermacher. Cette philosophie a autant marqué celle de Karl Marx que la théologie chrétienne. La théorisation de la religion, son étude et sa définition moderne dans les sciences humaines dépend des définitions qui en ont été données par ceux qui sont considérés comme étant à l’origine de la sociologie, en particulier Émile Durkheim et Max Weber. Ce sont de ces différentes étapes historiques que découlent les conceptions modernes de la religion utilisées aujourd’hui dans les sciences humaines. Cependant l’universalité ou la pertinence des définitions qui ont été proposées de la religion est remise en cause, notamment en raison de la difficulté a trouver un équivalent à la catégorie de religion qui semble d’invention occidentale.

Bien que l’idée de religion semble avoir une histoire propre à l’Occident, ce terme a aujourd’hui des équivalents dans toutes les langues. Le cas, échéant, des néologismes ont été créés. Ces termes disposent de leur propre étymologie et ils n’ont pas nécessairement exactement les mêmes connotations ni la même portée d’une langue à l’autre, de la même manière que le terme religion n’a pas toujours eu exactement la même signification dans l’histoire occidentale. Par exemple le terme sanskrit (dharma) peut signifier « foi », « religion » ou « loi » ; tandis que le sinogramme , de création plus récente, est connoté de l’idée d’un enseignement. En Chine, c’est en employant ce terme que la loi reconnaît cinq religions : le bouddhisme, le taoïsme, l’islam, le protestantisme et le catholicisme.

Ainsi la religion, quelle qu’en soit l’origine, n’est pas une question uniquement occidentale. En ce sens, de nombreuses études proposent aujourd’hui d’étudier non plus seulement la religion à partir de l’histoire de ce concept dans la culture occidentale, mais aussi en s’intéressant à l’histoire de ses équivalents dans d’autres cultures. Ces études peuvent aussi viser à montrer l’impact qu’a eu la projection de l’idée occidentale de religion dans d’autres sociétés, par exemple dans l’invention de l’hindouisme en Inde, ou dans celle d’un certain confucianisme en Chine. En ce sens, étudier l’histoire de l’idée de religion et de ses équivalents revient à effectuer un travail de déconstruction. Dans le même temps ces études peuvent permettre aux occidentaux d’apprendre ce que peut être la religion en leur montrant quelques aspects de la manière dont elle est envisagée par d’autres.

Définitions durkheimiennes et wébériennes

Les disciplines universitaires, telles que la sociologie, l’anthropologie, la psychologie ou l’histoire, prennent la religion ou les religions pour objet d’étude. Dans la mesure où elles revendiquent une scientificité, elles doivent nécessairement en proposer une définition.

Émile Durkheim

Émile Durkheim

Les définitions qui ont été proposées reprennent le plus souvent l’idée selon laquelle la religion est un système de croyances. Ces termes sont empruntés à la définition qu’avait posé en 1912 le sociologue Émile Durkheim (1858-1917), pour qui la religion est . Dans cette définition, l’idée de sacré, ne revient pas à reconnaître que le sacré est intrinsèquement sacré, ni que les croyances puisse revendiquées d’être crues de manière absolue car Durkheim entend montrer que ce qui était cru ou tenu pour sacré dans un groupe social particulier, qu’il appelle Église, ne l’était pas dans un autre. D’autre part, selon Durkheim, le sacré se reconstitue toujours car c’est au nom de ce qu’une communauté tient pour sacré, qu’elle repousse un autre sacré. La multitude de variantes auxquelles a donné lieu cette définition a tenté d’atténuer le caractère chrétien que lui donne l’emploi du terme Église, tout en lui conservant d’être un système de croyances.

L’autre façon d’aborder la religion ayant fait autorité dans les sciences humaines fut celle de Max Weber (1864-1920) qui envisageait, à la même époque que Durkheim, la religion comme une réglementation de la vie dans un monde où l’élément irrationnel est toujours présent, sans être propre aux religions. Pour Weber la religion répond aux besoins des sociétés. Elle n’est pas par principe irrationnelle mais le processus de rationalisation que connaissent les sociétés peut à terme, selon Max Weber conduit à un désenchantement, celui-ci étant « l’élimination de la magie en tant que technique de salut ». Selon leurs doctrines, les religions peuvent jouer des rôles divers dans ce processus. Cependant la rationalisation progressive qui conduit à terme au désenchantement peut aussi conduire à un reflux des religions dans le domaine de l’irrationnel.

Ces deux définitions ont profondément marquées l’étude des religions. La définition de Durkheim est plus axée sur ce que les religions proposent de croire tandis que la définition de Max Weber est elle tournée plus directement vers ce qui est observable, c’est-à-dire des pratiques sociales.

Remise en cause des définitions

Les définitions de la religion qui l’envisagent à partir de l’idée de croyances ou de la présence d’un élément surnaturel dans le monde établissent une distinction entre ce qui d’un côté serait de l’ordre de savoir scientifiques et vérifiés et de l’autre un donné inaccessible à la raison. Cette distinction correspond avec plus ou moins de nuances à celle de la raison et de la foi ou bien d’une connaissance naturelle de Dieu et d’une connaissance révélée dans les théologies de différentes religions. La première objection à ces définitions est que l’opposition sur laquelle elles fonctionnent se repère facilement dans les doctrines monothéistes du judaïsme, du christianisme et de l’Islam, mais beaucoup plus difficilement dans les autres traditions notamment les traditions asiatiques. Ainsi ces manières d’envisager la religion, basées sur l’idée de la présence dans le monde d’un donné inaccessible à la raison, semblent forgées sur un modèle particulier de religion, celles qui supposent la révélation surnaturelle d’un Dieu qui n’est pas le monde, et il paraît douteux que l’on puisse aborder toutes les religions à partir de telles définitions. Pour des auteurs tels que Daniel Dubuisson ou Timothy Fitzgerald, la « religion », est une catégorie intellectuelle inopérante, née d’un désir d’affirmer le caractère transcendant d’une culture mondiale idéale ; en définitive, à l’exception de définitions qui en dernier ressort renvoient à un théisme chrétien. 

La seconde objection à cette définition vient de ce que le philosophe Jacques Bouveresse nomme « une brèche dans nos certitudes les plus fondamentales en matières de la théorie de la connaissance et d’épistémologie », brèche dans laquelle des religions risquent de s’engouffrer. La question est de savoir si l’étude scientifique des religions qui aborderait par la raison ce qui a priori n’est pas jugé comme un phénomène purement rationnel, est elle-même indemne de croyances et d’irrationnel. Ce n’est donc pas seulement la rationalité de la religion qui est en cause dans une telle approche mais aussi celle de la science qui prétend l’étudier car elle prétend légitimer l’irrationnel par un discours rationnel. Tout édifice rationnel repose nécessairement sur un système d’axiomes et/ou de postulats qui, par définition, ne peuvent pas eux-mêmes être rationnellement démontrés. Cette brèche peut conduire soit à l’idée qu’aucune connaissance certaine n’est possible, pas plus en matière de religion que dans un autre domaine, ou bien que tous les discours qui sont acceptés par une communauté ou même un seul individu, sont vrais du point de vue qui les soutient. Ainsi l’appréciation négative que portent les sciences sur les religions lorsqu’elles les abordent en termes de croyances est retournée sur ce que la science pourrait affirmer dans le cadre d’une démarche rationnelle. Tout discours peut être tenu pour recevable de même que toute croyance religieuse est tenue pour respectable. En ce sens certains acteurs du débats actuels sur les religion, tel que Régis Debray avancent que la critique de la religion ne vise qu’au remplacement d’une religion par une autre qui resterait un système de croyances pas plus vérifiables que celui auquel il succède. Jacques Bouveresse appelle cela « le remplacement automatique » de la religion qui disparaît pour une nouvelle religion et il s’inquiète de ce que cette idée revient, dans des discours rationalistes, à consacrer l’illusion, pour ne pas dire le faux, comme nécessaire dans toute forme de pensée, tandis que la prétention a l’élaboration de savoirs vérifiables selon les critères d’une raison universelle deviendrait un problème d’arriérés.

La troisième objection est enfin celle de l’impossibilité de définir un champ d’étude qui correspondrait à la religion : faut-il se contenter d’étudier les religions qui ont une forme institutionnelle avec un clergé, des pasteurs des imams, des moines ou des gourous, ou placer aussi dans ce champ d’étude celui des propositions de pratiques de développement personnel touchant des domaines allant du sport à la philosophie, ainsi que ce que les libraires regroupe sous le terme générique d’ésotérisme?

Faut-il définir la religion ?

En 1987, Danièle Hervieu-Léger, dans un article intitulé « Faut-il définir la religion ? », s’interrogeait sur l’intention de détruire la religion qu’ont put avoir certaines définitions de la religion en sociologie, et sur ce qui pourrait permettre d’envisager une nouvelle définition. Ainsi la catégorie de religion a fait depuis les années 1980, l’objet de nombreuses publications qui contestent la pertinence des définitions qui en ont été proposées. Cependant, pour les chercheurs qui revendiquent une scientificité de leur approche, poser une définition de ce qui est pris pour objet d’étude n’est pas facultatif. En ce sens, pour Jonathan Z. Smith, le mot religion . 

Aujourd’hui, il n’y a plus guère de publications universitaires qui prennent le risque d’avancer une définition de la religion sans fournir de larges explication sur les limites et les problèmes que posent leur définition, tant il paraît impossible de placer sous une même définition tous les courants, les formes de pensées et les phénomènes sociaux qui se rapportent à la religion. Et la religion peut se voir refuser une définition générale au profit d’un ensemble de catégories. Il existe donc des éléments de définitions chez certains chercheurs, mais ils sont adoptés sans uniformité, tandis que d’autres refusent de considérer qu’il soit possible d’étudier scientifiquement les phénomènes dits « religieux », dès lors qu’il sont abordés avec l’une ou l’autre idée de religion. 

Richard Dawkins en 2008

Richard Dawkins en 2008

Des études des sciences humaines portent sur des phénomènes de société ou des comportements, dans un lieu, un groupe et un moment donnés. La définition de l’objet de la recherche peut porter sur ces éléments tandis que le fait qu’il s’agisse ou nom de religion reste une question ouverte. D’autres approches portent sur l’idée selon laquelle la religion est un socle de convictions sur lesquels se fonde une cohérence sociale et définit le champs des comportements qui sont acceptables ou non dans une société. Avec cette approche revient le modèle de la religion civile qui a alimenté un renouvèlement de l’étude de la religion des Romains dans l’Antiquité, mais aussi d’envisager aujourd’hui la dimension politique de la religion dans toutes les sociétés. Enfin, il existe aussi des démarches philosophiques ou théologiques s’engagent sur le terrain de ce qui doit être tenu pour vrai. Ceux qui dénoncent la fausseté des religions et revendiquent un athéisme font partie des acteurs de ce débat. Par exemple Richard Dawkins venu du monde scientifique à proposé des théories sur l’origine des religions. Celles-ci ont donné lieux à la mémétique, discipline dont le statut de science ne fait pas l’unanimité. En France, Michel Onfray milite de manière tout aussi combative pour un athéisme et contre toutes les religions. D’autres auteurs abordent la religion à partir de leur tradition religieuse. Les approches chrétiennes de la religion ou des religions se répartissent dans une gamme très large qui va des théologies dites pluralistes, procédant de l’étude des religions sans définition préalable de la religion, à des travaux qui sont plus directement centrés sur l’étude du concept de religion telle que la philosophie de la religion de Paul Tillich. Enfin certains philosophes tels que Pierre Hadot proposent de redécouvrir la philosophie comme un engagement de vie et une pratique d’exercice spirituels, ce qui place la philosophie directement sur le terrain de la religion, et permet de se souvenir que les religions se présentent aussi comme de la philosophie.

Origines latines du concept religion

L’hellénisation de la pensée dans l’Antiquité gréco-romaine

L empereur Auguste vêtu de la toge de pontife suprême, dit « Auguste de la via Labicana », Rome, env. 20 av. J.-C.

L’empereur Auguste vêtu de la toge de pontife suprême, dit « Auguste de la via Labicana », Rome, env. 20 av. J.-C.

Ce que nous appelons aujourd’hui et rétrospectivement « religion des Romains », ne consistait pas, selon John Scheid, en un souci d’ordre théologique de la nature des dieux mais en l’effectuation de rites et la célébration de cérémonies qui faisaient partie intégrante d’une vie sociale non théorisée. En ce sens, l’étude de la religion des Romains a montré que ceux-ci avaient très peu d’intérêt pour la question de la nature des dieux. Leur « religion » serait plutôt à comprendre comme une « religion civile ». La religion est . Elle a pour fin le succès de Rome. C’est une religion à laquelle on appartient de par sa citoyenneté et non pas par conviction.

La signification qu’aurait eut le terme religion dans la langue latine avant qu’il ne fasse l’objet de spéculations philosophiques est d’autant plus difficile a établir que les sources anciennes sont peu nombreuses et qu’elle ne donnent pas de définition. De plus, les œuvres de Térence et de Plaute dans lesquelles se trouvent quelques occurrences anciennes sont des traductions d’œuvres grecques. L’étymologie que donne Cicéron du terme religion en 44 av. JC n’est pas non plus d’un grand secours car elle se trouve dans une œuvre entièrement destinée à présenter aux Latins différents point de vues philosophiques. De ce qu’il est possible d’en connaître de plus ancien, la réflexion sur la nature de la religion dans la littérature latine est étroitement liée à la diffusion d’idées philosophiques venues de Grèce. La littérature latine elle-même s’est constituée dans l’effort entrepris par les latins pour adapter leur langue à la pensée des grecs et traduire leurs œuvres. L’origine du mot ou de l’idée de religion n’est en ce sens pas plus latine que grecque.

Cicéron et, dans une moindre mesure, Lucrèce, ont été les premiers auteurs latins à parler « objectivement » de religion. Or, leurs écrits datent d’une époque que les historiens envisagent aussi comme marquant le début d’une crise religieuse dans la société romaine. Pour Yves Lehman cette crise est due à une « manipulation de la religion par le politique ». Cette crise religieuse étant concomitante d’une invention de la religion dans la littérature latine, il est aussi possible de penser que l’évolution de l’attitude des politiques, qui se manifeste clairement dans prise de fonction de pontife suprême par César et la politique religieuse d’Auguste, est liée la naissance d’une idée de religion chez les Romains. La religion devenant quelque chose, il devient possible de la décrire, de la critiquer, de la défendre, de la combattre ou d’en faire usage.

La fin du tout politique

École de philosophie, mosaïque de Pompéi.

École de philosophie, mosaïque de Pompéi.

Selon Hannah Arendt, la politique au sens grec peut se comprendre comme centrée sur la liberté. Chez les grecs, la liberté est avant tout le statut social d’une minorité d’individus : . Les femmes, les mineurs et les esclaves en sont exclut. La politique, comme discussion sur la manière de gouverner la cité, a pour fin de garantir aux hommes libres de « ne-pas-gouverner-ni-être-gouverné ». Selon Jean-Joël Duhot, ce mode de gouvernement n’est pas particulièrement pacifique. Athènes était une cité constamment en guerre avec les cités voisines. La démocratie elle-même était agitée de conflits violents. 

Hannah Arendt voit dans cette situation l’origine d’une certaine institutionnalisation de la philosophie. Ceux qui étaient « convaincus que la discussion à propos de quoi que ce soit produit non plus la réalité mais la tromperie, non plus la vérité mais le mensonge », ont voulu un espace de liberté au sein de débats publiques dans lesquels tous interviennent. La vie philosophique, telle qu’elle est posée dans la création par Platon de l’école de l’Académie, est ainsi l’institution au sein de la polis d’un espace de liberté de parole pour un petit nombre d’individu, libre de la « libre discussion » entre tous. 

La conquête de la Grèce par Alexandre le grand n’a pas mis fin à la philosophie grecque comme un domaine à la fois fondé sur la liberté politique mais aussi affranchi de cette liberté commune. Les Athéniens se sont rapidement accommodé de la domination macédonnienne. Intégré au royaume, leur cité perdait en importance politique, mais elle gardait une autonomie dans un royaume qui leur garantissait de ne pas passer sous domination étrangère. L’empire d’Alexandre, marque le début d’une nouvelle forme de rayonnement pour Athènes. . Les armées Macédoniennes ont ainsi fait rentrer tout le Moyen-Orient et l’Égypte dans la sphère de l’hellénisme. Lorsque Rome étend son Empire sur l’ensemble de la Méditerranée, elle s’est laissée à son tour envahir de la tradition philosophique grecque. Cette hellenisation de la culture romaine est parfois qualifiée de revanche des vaincus, dans le sens où à la domination militaire et politique des Romains, correspond une incontestable supériorité culturelle des Grecs. 

Rome tenant en main la victoire.

Rome tenant en main la victoire.

Lorsque la pensée des Grecs a gagnée les Romains, elle a conduit a une remise en cause de l’unité de la religion comme réalité englobante. Au cours du Ier siècle av. J.-C., différents intellectuels latins ayant fait leurs les arguments philosophiques des Grecs, vont ainsi tenter de rendre compte de la légitimité de la religion civile des Romains face, d’une part, aux pratiques mystiques d’interprétation des mythes et, d’autre part, aux courants rationalistes de la philosophie. La religion perdant son unité, elle ne se trouve pas plus particulièrement dans l’un ou l’autre des domaines séparés qui se constituent suite à cette perte d’unité. Ainsi, on ne peut affirmer sans hésitation que la religion des Romains soit plutôt de l’ordre de la politique, ou de l’interprétation des mythes ou encore qu’elle se situe dans le domaine de la philosophie. Il existe dans les œuvres de l’antiquité des arguments très développés qui permettent de situer tour a tour la religion dans l’un ou l’autre de ces trois domaines. 

Scævola a parlé de trois genres de dieux, les dieux des poètes, ceux des hommes d’État et ceux des philosophes. Il défendait le culte des dieux de la cité et le respect des traditions en écartant dans un même rejet le culte des dieux des poètes et celui des dieux des philosophes. Varron quant à lui semble avoir tenté de préserver ce qu’il appelait « la théologie civile » en la rapprochant de la rationalité philosophique au détriment de la « théologie de mythique ». Cicéron à pour sa part distingué trois manière philosophiques d’interpréter tout ce qui était à la charge des pontifes dans la société romaine, parmi ces responsabilité, celle de la religion.

Dans ce contexte, l’idée de religion paraît encore relativement mal définie. Même le terme qu’il convient d’employer pour la désigner n’est pas constant. Parmi les auteurs, Cicéron et Lucrèce sont les seuls à avoir parlé nommément de religion. Varron et Denys d’Halicarnasse parlent plutôt de « théologie », tandis que le terme religion est encore employé dans un sens qu’il est difficile de discerner chez d’autres auteurs tels que Virgile ou Tite-Live. Chez Cicéron, la religion peut se rapporter à l’organisation sociale et politique des romains, mais elle est aussi clairement définie comme le fait de s’occuper d’une nature divine. Dans le Traité de la nature des dieux, elle fait l’objet d’une réflexion selon trois écoles de philosophies. Tandis que Cicéron la religion est considérée comme une qualité, Lucrèce l’attaque de manière virulente dans le De Rerum Natura. Il n’identifie aucunement la religion à la philosophie mais uniquement aux cultes mettant en scène des mythes et aux valeurs patriotiques, l’écrasement de la religion par Épicure étant, selon ses propres mot, .

Définition de la religion par Cicéron

Marcus Tullius Cicero

Marcus Tullius Cicero

Cette manière d’envisager la religion en rapport à la citoyenneté apparaît a plusieurs reprises dans l’œuvre de Cicéron. C’est notamment le cas dans le Plaidoyer pour Flacus où il écrit . Avec cette affirmation, Cicéron entend faire valoir devant les juges que le témoignage d’un citoyen Romain est beaucoup plus fiable que celui d’un Grec ou d’un Juif. Ce qui donne à cet argument une valeur juridique est l’idée de testimonium religionem ou de juris jurandis, c’est-à-dire d’un serment fait devant les dieux. Et les Romains se considéraient comme les meilleurs des religieux car Rome dominait le monde grâce à la faveur des dieux que savait lui obtenir l’excellence religieuse de ses citoyens. Cette idée selon laquelle le sort de Rome dépendait de rites accomplis fidèlement et conformément à la tradition des ancêtre était difficilement réfutable dans l’Antiquité. C’est à la dimension profondément rituelle de la religion des Romains que renvoie le verbe « relire » indiqué par Cicéron comme étymologie de religion. Il s’agissait, en fait « relire » les rites accomplis pour s’assurer qu’il avait été fait selon les normes et pouvoir se considérer quitte. Il n’est pas demandé de croire, mais de faire, et faire les rites du culte comme il faut est une obligation. C’est, encore à la réfutation de cette idée que saint Augustin consacrera de nombreuses pages de la Cité de Dieu. 

Bien que divers emplois du terme religion dans l’œuvre de Cicéron relève d’une conception civique et traditionnelle de la religion, la définition qu’il en a donnée la présente comme concernant essentiellement la nature divine : « la religion consiste à s’occuper (curam) d’une nature supérieure, que l’on appelle divine et à lui rendre un culte ». Cicéron. De l’invention oratoire

Il s’agit de la définition la plus ancienne que nous possédions. Cicéron la donne dans le traité De l’invention oratoire rédigé en 84 av. JC alors qu’il avait vingt ans. Le fait de s’occuper de la nature divine ne renvoie pas nécessairement ici à une préoccupation d’ordre métaphysique ou spéculatif. Il peut s’agir simplement d’accomplir des rites tels que la tradition les prescrits. En ce sens, le passage où se trouve cette définition est destiné à expliquer que le « droit coutumier » (consuetudine ius) se rapporte au « droit naturel » (naturae ius), c’est-à-dire que ce qui n’est pas écrit et qui se transmet par tradition découle de ce qui est rationnel et qui répond de l’ordre de la nature. Cicéron défend ainsi l’idée que le droit ne dépend pas d’opinions mais qu’il est fondé sur ce que la nature nous enseigne, de la même manière que la nature enseigne la religion. 

Dans la pensée stoïcienne, la nature c’est l’ordre divin du cosmos. La manière dont Cicéron définit la religion revient à la présenter comme . Tout ce que font les hommes est réglé par cet ordre divin. Ainsi, cette définition de la religion par Cicéron reflète l’introduction d’idées philosophiques d’origine grecque dans la société romaine. Ici l’idée selon laquelle le cosmos est régit par une nature divine permet de chercher une légitimation à la religion des romains et à ses coutumes. Cependant, parmi les idées venues de Grèce, se trouvent aussi les traditions d’interprétation des mythes et les nombreuses critiques des philosophes sur les dieux. Par exemple l’évhémérisme, selon lequel les dieux ne sont pas des dieux mais des personnages historiques qui ont été pris pour des dieux. L’arrivée des idées philosophiques venues de Grèce dans la culture romaine pose donc un problème qui va radicalement bouleverser la religion : d’une part, elles permettent de penser que la religion consiste à se soucier d’une nature divine, et d’autre part que les dieux n’existent pas.

Religion romaine et christianisme

Suovetaurile, Musée du Louvre. Ce sacrifice d un porc, d un mouton et d un bœuf était pratiqué à Rome dans le cadre de cultes publics et officiels.

Suovetaurile, Musée du Louvre. Ce sacrifice d’un porc, d’un mouton et d’un bœuf était pratiqué à Rome dans le cadre de cultes publics et officiels.

La citoyenneté romaine a progressivement été étendue à tous les hommes libres de l’Empire, ce qui leur donnait conjointement des droits civiques et les devoirs de la religion. Bien que dans le même temps, les conceptions religieuses des romains ne vont cesser d’évoluer, les manquements aux devoirs religieux seront le motif de répressions officielles et légales comme manquement à des devoirs civiques. L’accusation de crimes contre la religion ou de crime d’impiété fut ainsi la matrice des persécutions légales de l’Antiquité. En effet, « la vénération des dieux romains, si elle s’accomplissait selon les règles, garantissait la réussite de Rome : l’axiome, même pour les chrétiens de la fin du Ve siècle de notre ère était difficilement réfutable ». 

La réponse des auteurs chrétiens à l’accusation de crime contre la religion consista, non pas à rejeter la religion en tant que telle, mais à faire valoir les arguments des philosophes pour renverser l’accusation : S’il est certain que vos dieux n’existent pas, il est certain que votre religion n’existe pas non plus ; et s’il est certain que votre religion n’en est pas une, parce que vos dieux n’existent pas, il est certain aussi que nous ne sommes pas non plus coupables de lèse-religion. Mais, au contraire, c’est sur vous que retombera le reproche que vous nous faites, sur vous qui adorez le mensonge et qui, non contents de négliger la vraie religion du vrai Dieu, allez jusqu’à la combattre, et qui vous rendez ainsi véritablement coupables du crime d’une véritable impiété|Tertullien|Apologétique, 24, 9.

Cet argument sera repris par de nombreux pères de l’Église Latine. Il a si bien fonctionné que, jusqu’à une période récente, c’est non sans certaines réserves que l’on accordait à la vie religieuse des Romains le titre de religion. Considérée par la recherche historique comme étant essentiellement un culte des dieux, la religion des Romains était vue comme une religion médiocre sans grande profondeur ni assises théologiques. Ainsi, paradoxalement, le terme religion est hérité de la culture traditionnelle des Latins, mais il semble qu’il y désignait communément une religion civile qui ne sera plus par la suite considérée comme méritant authentiquement le titre de religion.

Dans La cité de Dieu, Augustin témoigne qu’à son époque le terme ne désignait pas encore dans le langage courant, l’idée selon laquelle la religion consiste à s’occuper de la nature divine, telle que l’ont pensé les philosophes et les auteurs chrétiens à leur suite : « Le mot religio a l’air de désigner non pas n’importe quel culte, mais plus précisément celui qu’on voue à Dieu, ce qui fait que nos auteurs ont rendu ainsi le grec ???s?e?a. Toutefois, du fait que dans le latin courant, et pas seulement celui des ignares, mais celui même des gens plus instruits, on dit qu’il faut avoir la religion de la famille, de la parenté, des relations de voisinage, on n’échappe pas à l’ambiguïté si l’on se sert de religio pour traiter du culte de la déité. Ce qui fait que l’on ne peut avancer en toute sûreté que la religion soit le culte rendu à Dieu, et rien d’autre : on aurait l’air, contrairement à l’usage, de détourner le terme de ce qu’il connote, à savoir le respect dû à ce qui rend les humains proches les uns des autres ». Saint Augustin – La cité de Dieu, X, 1, trad. Lucien Jerphagon

Dans ce passage de la cité de Dieu, saint Augustin semble vouloir renoncer à l’utilisation du terme religion, cependant il n’y renonce en rien car il l’emploi partout ailleurs dans son œuvre mais dans un autre sens. Ce passage de saint Augustin est l’un des rares témoignages du « sens premier, latin et civique » du terme religion au sein de sources antiques qui discutent presque exclusivement d’une compréhension philosophique ou théologique de la religion, de Cicéron à saint Augustin.

La religion des Pères de l’Église

Dieu créant l univers

Dieu créant l’univers

À la fin du IIIème siècle, Lactance contesta l’étymologie relegere proposée par Cicéron. Pour Lactance, « C’est par le lien de piété que nous sommes reliés (religati) et rattachés (obstetrici) à Dieu. C’est de là que religion a reçu son nom, et non pas, comme Cicéron l’a expliqué, du mot relegere. ». Selon Pierre Gisel, le motif du lien mis en avant dans l’étymologie de Lactance correspond à l’évolution de la religiosité dans l’Antiquité tardive. Le christianisme fait partie des composantes de la vie religieuse de cette époque, mais c’est la société dans son ensemble qui est passée d’une religion essentiellement rituelle, ce que soulignait l’étymologie relegere donnée par Cicéron, à une religion ou une philosophie de l’interrogation sur soi en « lien » avec ce qui n’est pas soi. Ainsi, selon Pierre Gisel, la préférence pour l’étymologie religare soulignerai que l’individu n’est plus seulement une part du cosmos incité à la sagesse pour préserver l’équilibre du tout, il est membre d’une communauté qui n’est pas toute la cité, il a son réseau de relation, il peut se convertir, avoir ses dieux ou son Dieu.

Les auteurs chrétiens latins de l’Antiquité tardive ont progressivement repris et adapté l’idée romaine de religion au christianisme en parlant de « vraie religion ». Cette expression ne signifie pas qu’il y a plusieurs religions et qu’une seule est vraie, mais tente de définir à quelles conditions, la religion communément pratiquée peut être considérée comme vraie. La thèse qu’ils défendent a ses origine dans des écrits philosophiques plus anciens, notamment ceux de Cicéron : pour être vraie, la religion doit s’accorder à la philosophie.

Le premier auteur a employer l’expression « vraie religion » est Minucius Felix. Il le fait dans un texte dont rien dans l’original latin ne dit explicitement qu’il s’agit d’un texte chrétien mais il est considéré comme tel parce qu’il reprend les éléments de la doctrine chrétienne du Logos, c’est-à-dire du Christ-raison par lequel le monde a été créé, ce qui permet à ceux qui font appel à leur raison d’avoir une connaissance de Dieu en étudiant la création :
C’est assez que pour arranger toutes ces merveilles et leur donner cet ordre qu’elles gardent éternellement, il ait fallu un esprit divin et une sagesse extraordinaire. Et certes, qui en peut douter, puisqu’il en faut même pour les comprendre ?Minucius Felix|Octavius, 17.

La thèse selon laquelle la vraie religion est la philosophie est argumentée par Lactance dans les Institutions divines. Lactance fait valoir qu’il existe des « maîtres de sagesse », « qui ne font d’aucune manière accéder aux dieux, et d’autre part, les prêtres de la religion par qui l’on n’apprend pas à être sage, il est évident que l’une n’est pas vraie religion et que l’autre n’est pas vraie sagesse (III, 4) » 

Pour décrire l’opposition entre philosophie et religion, Lactance compare d’un côté le religieux à un fils qui obéit au père, et d’un autre, le philosophe à un esclave qui obéit au maître. Le rapport entre le père et le fils caractérise la religion dans la mesure où la piété filiale est essentielle dans la religion romaine, et celle du rapport entre le maître et l’esclave décrit le rapport entre maître et disciples dans les écoles de philosophie. Il n’est pas interdit de penser que Lactance, qui tenait à vivre pauvrement bien qu’il habitait à la cour de l’empereur Constantin, ait voulut par cette image, provoquer des élites intellectuelles en les comparant a des esclaves. En effet, le problème dont traite Lactance n’est pas seulement d’accorder la philosophie avec la religion parce qu’elles paraissent être deux systèmes concurrents, mais aussi de prendre en charge la question de la cohérence entre une sagesse de vie qui serait la religion du grand nombre ou des ignorants, et une sagesse de vie, confinées aux murs des écoles de philosophie, et dont Cicéron disait qu’elle fuit les foules. Pour sortir de cette alternative, chacun doit donc à la fois se considérer comme un esclave et comme un fils. Si le maître et le père ne sont pas une seule et même personne, celui qui cherche a obéir au maître ne pourra pas être un bon fils, tandis que celui qui veut obéir au père sera un esclave désobéissant. Il ne faut donc pas laisser les fils dans l’ignorance de ce que le maître enseigne, ni les esclaves (c’est-à-dire les philosophes) s’abstenir d’obéir à ce que la piété filiale leur commande.

La thèse de l’identité entre philosophie et religion est reprise en 390 par Augustin dans le traité De la vraie religion : Ainsi, nous croyons et nous enseignons – ceci est le principe du salut de l’humanité – que la philosophie, c’est-à-dire l’amour de la sagesse, n’est pas autre chose que la religion.|Saint Augustin|De la vraie religion, V,8.

La démonstration d’Augustin est comparable à celle de Lactance, elle prend aussi en charge la question du rapport entre religion comme sagesse du grand nombre et philosophie comme pratique élitiste. Engageant un dialogue imaginaire avec Platon, qui selon Augustin pratiquait la vraie religion, il le fait s’enthousiasmer pour le fait qu’avec le christianisme, il est enfin possible de voir le grand nombre suivre la voie de la sagesse, preuve pour Augustin que la religion chrétienne est la vraie philosophie. Cependant dans la manière dont Augustin réfléchit le rapport entre philosophie et religion, il ne s’agit seulement que le peuple se mette a pratiquer la philosophie des élites mais aussi que les philosophes se mettent à l’école d’une vérité directement accesible a chacun par la foi. Dans le traité De la vie heureuse Augustin combat ainsi l’idée selon laquelle « les hommes le plus savants ont des esprits beaucoup plus remplis et plus grands que ceux des ignorants ». Dans ce dialogue impliquant le petit entourage qu’avait Augustin à Ostie, celui-ci s’enthousiasme pour les propos de sa mère et de son jeune fils Adéodat. Aux paroles de Monique sur ce qu’est la vie heureuse, Augustin réagît ainsi : 
En l’entendant je sursautais de joie : « c’est d’un seul coup que tu as atteint le faîte même de la philosophie. Car le vocabulaire seul t’a manqué pour expliciter ta pensée comme le fait Cicéron sur ce sujet dans les termes suivants. Voici en effet ce qu’il écrit dans l’Hortensius <…> » En entendant ces mots, ma mère s’exclama au point qu’oubliant son sexe, nous crûmes voir siéger avec nous quelque grand homme, cependant qu’à part moi je comprenais, autant que je le pouvais, de quelle source, combien divine, ses paroles coulaient.|Saint Augustin|De la vie heureuse.

La vraie philosophie pour Augustin, n’est pas réservée à quelques-uns, elle vient de la lumière de Dieu « ce soleil secret qui infuse cette lumière dans nos regards intérieurs ». La vraie religion est aussi la philosophie en tant que recherche du bonheur et ce bonheur est de posséder le plus grand bien, c’est-à-dire Dieu. Pour saint Augustin, 

Ecoles de philosophie et communautés religieuses

École de philosophie, mosaïque de Pompéi.

École de philosophie, mosaïque de Pompéi.

Dans l’Antiquité, la philosophie ne se présentait pas d’abord comme une réflexion intellectuelle qui devrait déboucher comme en conclusion sur des actes, mais elle était un engagement de toute l’existence. Véritable choix de vie, elle se pratiquait dans des écoles dans lesquelles on entrait comme plus tard il sera possible de dire qu’on entre en religion. 

Pierre Hadot commentant le fait que le christianisme se présente comme la philosophie, écrit : Les doutes qu’émet Pierre Hadot sur la légitimité du christianisme d’être philosophie supposent que l’on admette que la philosophie Antique ait quelque chose de « propre », c’est-à-dire quelque chose qui ne puisse être présent ailleurs que dans une forme authentique de la philosophie. En voulant les « populariser », le christianisme aurait en quelque sorte dégradé les exercices spirituels de la philosophie. En ce sens Pierre Hadot rappel le mot de Nietzsche selon lequel le christianisme serait « un platonisme pour le peuple ». La volonté de concilier religion et philosophie, n’était cependant pas réservée aux chrétiens dans l’Antiquité, et cette question avait été prise en charge par des philosophes indépendamment du christianisme. En ce sens, relevant un souci à la fois « missionnaire » et « populaire » chez Socrate, il le décrit comme Pierre Hadot évoque ainsi une position de transcendance qui balance l’engagement du philosophe dans la société. Le souci de soi est indissolublement souci de la cité et souci des autres.


Mondialisation de l’idée de religion

« Mondialatinisation » ou vision ethnocentrique occidentale ?

Au début de La pensée sauvage, Claude Lévi-Strauss se positionne dans un débat qui a accompagné l’étude des religions au XXème siècle et qui se poursuit aujourd’hui. La question est de savoir si les catégories, c’est-à-dire les mots, que nous employons pour parler de ce que nous étudions, son propres à notre culture ou nous permettent de désigner des réalités universelles ? Pour la religion cette question revient à se demander si elle ne serait pas une idée purement occidentale, auquel cas il serait vain de vouloir l’étudier dans d’autres civilisations, ou bien si finalement, malgré les particularismes culturels qui rendent difficiles les communications et les passages d’une culture à l’autre il est légitime de parler de religion au singulier, comme de quelque chose d’universel. Les positions sont extrêmement divergentes sur cette question, pour certains auteurs tels que Daniel Dubuisson l’idée de religion est un concept théologique propre à l’Occident, pour Jean Grondin la religion est universelle. 

Claude Lévi-Strauss reste sans doutes celui qui a poussé le plus loin l’idée d’une relativité culturelle. Cette relativité est analogue à celle de la théorie de la relativité en cosmologie. Il affirme ainsi que des phénomènes ont lieu selon les mêmes lois partout dans l’univers, mais que pour les comprendre il faut tenir compte du contexte. Dans le langage de Claude Lévi-Strauss cela revient à dire que les mêmes structures régissent et peuvent se reconnaitre dans toutes les civilisations, tandis que les différences que nous percevons sont liées au fait que chaque civilisation propose un découpage des savoirs et concentre son attention sur ce qui lui parait le plus utile, en fonction des conditions historiques dans lesquels elles se développent. Cette concentration sur ce qui est le plus utile a pour conséquence que les cultures rendent capables ou non de voir certaines choses. Or chacun estime que ce qu’il voit et ce qu’il est capable de désigner est le plus important. Cependant, Claude Lévi-Strauss ne dénonce pas tant l’ethnocentrisme de chaque peuple qu’il cherche simplement à décrire comme un phénomène parmi d’autres et dont il faut tenir compte. Les approches qui, au contraire, consistent à mettre en avant ce que les cultures ou les religions ont d’irréductible les unes aux autres sont à l’opposé de la relativité des cultures étudiée par Claude Lévi-Strauss. Il est cependant d’usage de parler de « relativisme culturel » pour les désigner, ce qui peut prêter à confusion. Claude Lévi-Strauss s’oppose clairement à ce relativisme.

Le livre Foi et savoir de Jacques Derrida illustre ce débat. L’auteur y commente dans un style allusif et télégraphique, l’article du Vocabulaire des institutions Indo-Européennes dans lequel Émile Benveniste avait constaté l’absence du terme de religion dans de nombreuses langues. Ce constat est général, il vaut pour le sanscrit, le chinois ou l’hébreu. Cependant Jacques Derrida relève que Benvéniste a toutefois accepté de reconnaître le terme grec treskéia comme équivalent au mot religion. Pour Derrida cette proposition n’est pas tant une incohérence que le symptôme de ce qui s’est produit dans l’histoire, à savoir la « mondialatinisation » de la religion qui s’est trouvé des « équivalents » dans des mots, qui certes viennent de quelque part dans l’histoire, mais sont aussi répétés tous les jours à la télé ou n’importe où, et qui en ce sens n’ont pas ou n’ont plus de lieux et d’origine particulière. Toujours sur la question du mot, Derrida remarque que pour répondre à la question de « savoir » si la religion est intraduisible, il faut répondre avec le tranchant des mots d’une langue. En l’occurrence une langue européenne et latine qui apportera une réponse « fiable », mot qui se rapporte à lafides, à la foi, à la fiduciarité, c’est-à-dire finalement à la religion. Ce que relève Derrida en opposant une remarque linguistique à une affirmation de linguiste est que les mots posent des limites, mais que ces limites n’ont rien d’infranchissable. Ainsi tout en admettant l’ancrage latin de la religion comme un mot utilisé pour isoler quelque chose de propre aux Latins, il refuse de rester dans cette limite et veut pouvoir continuer à parler de la religion au singulier et de manière universelle.

Dans un sens tout à fait contraire et au nom de la scientificité, Daniel Dubuisson dénonce dans L’Occident et la religion, Il reprend à Claude Lévi-Strauss, l’idée d’un ethnocentrisme culturel pour dénoncer la manière dont sont menées les recherches des sciences humaines dès lors qu’elle prétendent étudier la religion avec un concept qu’il juge trop chargé historiquement et théologiquement.

L’invention des religions en Chine

Temple du ciel, Pékin

Temple du ciel, Pékin

En chinois les religions sont désignées par l’expression zong jiào. Vincent Goossaert, dans l’article qu’il a consacré à la carrière de cette expression, montre comment ce néologisme a été réintroduit dans les langues et l’écriture chinoises à la fin du XXème siècle. Il fait remonter l’origine de ce néologisme à son emprunt en 1901 par des lettrés chinois de l’expression japonaise shûkyô, littéralement « école des rites », qui, au Japon, désignait avec les mêmes caractères la transmission d’un savoir et de rites au sein d’un groupe. Au moment où il est adopté par les Chinois il désigne . 

Confucius présentant Gautama le Bouddha à Laozi.

Confucius présentant Gautama le Bouddha à Laozi.

La question de savoir ce qu’il convient d’appeler religion dans le contexte chinois continue à poser problème. Les études sur les religions chinoises distinguent habituellement trois religions traditionnelles qui correspondent aux trois enseignements : Le confucianisme, le taoïsme et le bouddhisme. Il est à remarquer que, sur ces trois enseignements, seul le bouddhisme et le taoïsme sont officiellement reconnus comme des religions aujourd’hui en Chine. Cette absence du confucianisme ne tient pas seulement au fait qu’il avait été jugé rétrograde par les révolutionnaires du XXème siècle, mais aussi au fait que les enseignement de Confucius ont donné lieu à ce que l’on appelle sans unité « le confucianisme », et qui s’apparente davantage à une idéologie de gouvernement variable selon les époques et ses promoteurs, qu’à une religion. L’attitude du gouvernement qui hier combattait le confucianisme et aujourd’hui le valorise, confirme cette dimension du confucianisme. D’autre part, les trois enseignements traditionnels n’avaient pas le statut de religions distinctes. Les Occidentaux qui voient dans les temples chinois les statues des trois maîtres que sont Laozi, Confucius et Bouddha parlent de syncrétisme parce qu’ils envisagent ces enseignements comme des religions distinctes, mais cette idée est loin d’être une évidence dans la tradition chinoise.

Plutôt que de parler des religions chinoises en distinguant uniquement trois courants traditionnels, comme s’il s’agissait de confessions distinctes au sens où l’on parle de religions en Occident, il semble possible d’envisager la religion en Chine comme un ensemble organique de doctrines et de communautés qui présente une certaine cohérences d’ensemble et qui a un socle commun dans les trois enseignements. La religion populaire peut cependant être envisagée comme un quatrième courant, car, s’il existe quelques communautés qui pratiquent de manière relativement exclusive et orthodoxe l’un des trois enseignements, l’essentiel des pratiques religieuses en Chine échappent à ce cadre. Pour Vincent Goossaert « La religion populaire au sens de « religion partagée par l’ensemble du peuple », fait appel aux liturgies et aux écritures des trois traditions constituées, mais se développe librement en dehors et autour d’elle ». 

La pratique religieuse en Chine était l’objet d’une régulation institutionnelle importante, « le temple chinois est une institution politique : l’État s’en sert pour gouverner, et le peuple y fonde son organisation. » C’est l’État qui autorise ou interdit les temples, mais il ne gère pas véritablement les temples, pas plus qu’il ne définit la doctrine des différents cultes. Il n’a pas non plus l’initiative dans la promotion d’un temple : le plus souvent l’État ne peut que réguler ou entériner des états de fait. Les interdictions étaient plutôt rares et brutales. Les autorisations prenaient la forme d’une canonisation de la divinité par son inscription au registre des sacrifices. Les autorisations sont accordées moyennant quelques contreparties et elles s’accompagnent de la définition d’un régime fiscal dont va dépendre la vie économique du temple. Chaque temple, pour pouvoir fonctionner, devait donc faire l’objet d’une autorisation bien négociée.

Tout d’abord, l’État veillait à la moralité des cultes rendus avec pour principal critère celui de l’intérêt de l’empire chinois. Les cultes liés à des divinités lubriques ou violentes faisaient l’objet d’une procédure de recentrage au cours de la procédure de canonisation qui permettait de corriger quelques aspects de la doctrine ou du culte en question. Mais, plus que les questions d’honorabilité des cultes, les questions financières jouent un rôle prépondérant dans l’attitude de l’État vis-à-vis des temples. En effet, les constructions nouvelles d’un temple ainsi que les fêtes religieuses exubérantes sont considérées comme des dépenses inutiles et un frein aux autres travaux plus utiles au développement de l’Empire. Conjointement aux autorisations données pour les cultes locaux, dans un esprit de « donnant-donnant », l’État imposait des cultes pour tout l’Empire qui, grâce aux offrandes des fidèles, devaient permettre de financer les travaux publics. Par ailleurs, la famille impériale était propriétaire de certains temples dont le prestige était considérable, tel le temple du ciel à Pékin, mais d’un impact social très limité puisque la population n’y avait pas accès.

Aujourd’hui encore, si les pratiques religieuses privées ou communautaires se rapportent à des éléments d’orthodoxie propres à tel ou tel courant, ce sont toujours les autorités civiles qui se réservent la légitimité de juger qu’un culte peut être rendu, qu’un doctrine peut être enseignée ou qu’une communauté peut se réunir. La liberté religieuse en Chine, c’est la possibilité légale de mener des activités religieuses dans le cadre et selon les doctrines validées par le gouvernement et l’éventualité qu’une pratique interdite ou non autorisée ne soit pas réprimée.


Etude de la religion par les sciences humaines

Les problématiques théologiques et philosophiques sur lesquelles se sont construites les perceptions occidentales des autres civilisations ont été progressivement relayées au cours du XIXème siècle par des théories revendiquant un caractère plus scientifiques. La théorie de l’évolution des espèces de Darwin eut dès sa publication un impact considérable sur l’étude des religions, des cultures et des civilisations. Dans le même temps paraissaient les théorie de Freud sur la psychanalyse, ce dernier s’intéressant lui aussi à la religion qu’il définissait comme une névrose collective rendant le monde supportable. Dans ce contexte marqué d’une critique du christianisme amplement déployée depuis le XVIII, se sont développées l’anthropologie, la linguistique et la sociologie qui ont cherché à décrire la religion de manière scientifique. 

Héritage des missionnaires et des explorateurs

Pièces du musée d ethographie de ... apportée de Guinée par un missionnaire

Pièces du musée d’ethographie de … apportée de Guinée par un missionnaire

L’anthropologie moderne s’est constituée dans l’étude de ce que les européens ont découverts des autres peuples du monde dans le vaste mouvement d’expansion coloniale et missionnaire qui s’est développé du XVI au XIX siècle. Explorateurs et missionnaires européens ont apporté des témoignages, des documents, des objets et grâce auxquels leurs compatriotes se sont construit différentes de l’humanité et des civilisations du monde, sans cesse augmentées ou remises en cause. 

Sur un plan religieux, les motivations missionnaires étaient d’implanter l’Église partout dans le monde et de sauver les âmes, répondant ainsi aux commandements évangéliques. Sans uniformité, les cultes et les coutumes des autres peuples étaient considérés comme de l’idolâtrie ou une forme de religion dite naturelle, c’est-à-dire une manière de connaître Dieu par la raison sans avoir pour autant eut connaissance de la révélation chrétienne. La théologie chrétienne offre entre les deux la possibilité d’apprécier négativement ou positivement les mœurs et des coutumes des autres peuples. Ainsi dans les Instructions donné par la congrégation pour la propagation de la Foi en 1659 il était précisé : Ne mettez aucun zèle, n’avancez aucun argument pour convaincre ces peuples de changer leurs rites, leurs coutumes et leurs mœurs, à moins qu’elles ne soient évidemment contraires à la religion et à la morale. Quoi de plus absurde que de transporter chez les Chinois la France, l’Espagne, l’Italie ou quelque autre pays d’Europe ? N’introduisez pas chez eux nos pays, mais la foi, cette foi qui ne repousse ni ne blesse les rites ni les usages d’aucun peuple, pourvu qu’ils ne soient pas détestables, mais bien au contraire veut qu’on les garde et les protège.|Instructions de 1659 aux Missions Etrangères|Congrégation romaine pour la propagation de la foi

Les approches dites philosophiques de ces sociétés nouvellement connues, font échos aux débats théologiques sur la manière dont il fallait considérer leurs coutumes et leurs mœurs. Parmi les termes employés pour décrire les « autres » des européens dans la littérature de l’époque figurent en bonne place ceux de « naturels » ou de « primitifs ». Ces termes ont une connotation négative, mais ils correspondent aussi à l’idée d’une humanité vivant dans un état originel, préservé d’une certaine dégradation de l’histoire, tel le « bon sauvage » dont ont débattu Voltaire, Diderot et Rousseau. La perception de cultures ou de civilisations primitives par les européens oscille ainsi entre idéalisation et dénigrement. Dans la culture européenne, l’idéal des sociétés primitives développé dans ces écrit peut se lire aussi dans le mythe des bergers d’Arcadie.

Les découvertes rapportées par les explorateurs et les missionnaires ont alimentées à la fois la réflexion sur un état originel des sociétés humaines et une réflexion sur des modèles de civilisations alternatives à celle des européens, réflexion dans laquelle le positionnement des philosophes par rapport aux Églises catholique et protestantes a joué un rôle important. Il était en effet désormais possible d’envisager la religion en comparant les sociétés européennes à des sociétés où les religions judéo-chrétiennes n’avaient jamais eut d’influence. La Chine a particulièrement intéressé Montesquieu et Voltaire pour son système juridique.

Si Montesquieu a fait preuve d’une certaine capacité de pénétration de la culture chinoise dans des analyses qui garde aujourd’hui une pertinence, les réflexions de Voltaire se présentent comme davantage enfermées sur des problématiques uniquement européennes. Selon Anne Cheng, il est l’un de ceux qui ont contribué faire connaître la Chine comme l’autre renversé de l’Occident en l’utilisant la Chine comme le miroir des préoccupations occidentales. Pour Voltaire les chinois connaissent Dieu comme le Maître du ciel, ils suivent ses lois et ses volontés sans avoir de religion. La Chine est ainsi l’exemple d’une société qui a développé une connaissance purement naturelle ou rationnelle de Dieu et qui donc a su produire une morale et des lois sans avoir de religion. Ceci permet à Voltaire de soutenir que la religion est inutile mais ne renseigne guère sur la Chine. 

Au XIXe ces images du monde lointain furent entretenues notamment par les récits d’exploration illustrant les voyages de Bougainville ou de Dumont d’Urville. Les éloges des charmes de l’exotisme s’articulent à l’idée d’un paradis perdu dont on peut douter qu’il n’ai jamais existé, tel que chez Baudelaire qui, dans Les fleurs du mal, évoque « La langoureuse Asie et la brûlante Afrique, Tout un monde lointain, absent, presque défunt. » et qui se demande « L’innocent paradis, plein de plaisirs furtifs, Est-il déjà plus loin que l’Inde ou que la Chine ? »

Anne Cheng considère que les images de la Chine héritées des philosophes de Lumières et qui continuent de véhiculer l’idée d’un extrême Orient « où tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et prospérité », relèvent de la fiction idéologique, 

S’en prenant lui aussi aux caricatures de l’exotisme, Claude Lévi-Strauss avait commencé son livre Tristes tropiques en déclarant « Je hais les voyages et les explorateurs. Et voici que je m’apprête à raconter mes expéditions ». L’anthropologie s’est construite sur ce paradoxe. Le simple fait d’aller sur place transforme le terrain des observations car les explorateurs se socialisent avec les sociétés qu’ils vont découvrir, de sorte qu’elle n’est déjà plus la même que celle qu’ils cherchent. En retour, celui qui observe est lui-même transformé par ce qu’il reçoit de ses observations. L’anthropologie cours donc après un objet qu’elle contribue à révolutionner et à modifier en voulant l’observer. Ainsi, l’anthropologue ne sait s’il travaille à la sauvegarde ou à la disparition des cultures.

Approches anthropologiques

Max Müller

Max Müller

L’approche anthropologique se fonde sur l’idée que l’on se fait de l’humanité selon que l’on en parle en termes de personne, d’individu, d’être social ou d’animal sur un plan biologique. Il est entendu que lorsqu’il est question d’anthropologie comme de l’étude de « l’homme » et de ses comportements, c’est de toute l’humanité qu’il s’agit, sans exclusion ni hiérarchie.

Max Muller (1823-1900) fut l’un de ceux qui tentèrent de fonder l’étude de la religion comme une science tout en continuant à s’inscrire dans une perspective théologique. La démarche de Max Müller est en partie guidée par la volonté de faire une contre proposition à la théorie de Darwin sur l’origine et l’évolution des espèces. Ce projet apparaît clairement dans le livreOrigine et développement de la religion publié en 1879 dont le titre fait écho à L’Origine des Espèces publié vingt ans plus tôt par Charles Darwin. L’idée centrale que développe Max Müller sur les religions procède d’une théorie du langage, Müller étant aussi considéré comme l’un des fondateurs de la linguistique. Il envisageant l’existence d’un Logos ou d’une rationalité commune à toutes les langues. Celle-ci précède la diversification des langues et restent le principe rationnel de chaque langage. Son attention porte particulièrement sur les mythes, qu’il présente comme des maladies du langage dans le sens où ils cachent une rationalité dans un discours qui n’a pas l’apparence de la rationalité.

La mythologie comparée que développe Max Müller a pour but de retrouver le langage sain qui se trouve derrière toutes ces expressions malades. Il définit ainsi la religion : La religion est une faculté ou disposition mentale qui, indépendamment et voire en dépit des sens et de la raison, rend l’homme capable de saisir l’infini sous différents noms et sous des déguisements divers. Sans cette faculté, aucune religion, pas même les cultes plus grossiers s’adressant à des idoles ou à des fétiches, ne serait possible ; et avec un peu d’attention nous pourrons nous entendre dans toutes les religions une sorte de gémissement de l’esprit, un effort douloureux pour concevoir l’inconcevable, pour exprimer l’inexprimable, une nostalgie de l’infini, un cri d’Amour vers Dieu.|Max Müller, 1873|cité par Daniel Dubuisson dans L’Occident et la religion, p. 92.

Hillary Rodrigues retient comme principe fondateur de l’approche nouvelle que chercher Max Muller, son adaptation d’une phrase de Goethe à l’étude de la religion : « Celui qui connais quelqu’un ne connait personne. ». L’idée est simplement que l’étude de la religion ne peut se contenter de la connaissance d’une seule religion. Il faut donc réaliser un grand nombre d’observations de terrain dans des contextes divers pour qu’à partir de la multiplicité des observations il soit possible de proposer une théorie explicative générale.

Etude des rites des mythes et des symboles

Mircea Eliade (1907-1986) d’origine roumaine, enseigna l’histoire de la religion à l’Université de Chicago. Il a durant sa carrière collecté de nombreux mythes, rites et symboles qu’il cherchait à interpréter comme motifs d’une manifestation du sacré dans le temps et dans l’espace profane. Ces investigations l’ont amené a confronter des éléments issus de traditions et de lieux extrêmement variés les uns avec les autres. C’est en ce sens qu’il peut être considéré avec Max Müller comme l’un des pionniers de l’étude comparative des religions. 

Les travaux de Mircea Eliade sont centrés sur l’étude des rites, des mythes et des symboles.
Mircea Eliade, Le mythe de l’éternel retour, 1949, Gallimard. Les récits s’inscrivent dans un temps sacré, volontiers circulaire, réversible ou d’apparence cyclique.

 Georges Dumézil. La mythologie comparée, la théorie de la tri-fonctionnalité.
Voir aussi « Du bon usage du comparatisme » in John Sheid, Quand faire c’est croire, …

Certains sociologues Marcel Mauss ou encore Roger Caillois, dans L’homme et le sacré (1939), dans la lignée d’Henri Hubert ont pu voir dans la notion de sacrée, un pivot à l’organisation de la religion et en définitive l’élément central de toute explication religieuse du monde : 

Les grands corpus mythologiques remontent pour la plupart à la période de transition entre préhistoire et période historique, la protohistoire. On peut citer comme exemples de mythologies celles de Sumer, de Babylone, les dieux égyptiens, voire la mythologie grecque.
Ces formes perdurent dans les religions ou spiritualité de différentes zones de la planète : chamanisme d’Eurasie (Nord sibérien), religions d’Afrique, d’Amazonie, d’Océanie, d’Amérique, etc. On peut également citer d’autres religions maintenant quasiment disparues, le plus généralement polythéistes, maintenant classées en mythologie ou religions antiques, originaires principalement d’Eurasie, d’Afrique, ou d’Amérique.

Approches sociologiques

Émile Durkheim, sociologue français du début du XXème siècle, définit la religion comme « un système solidaire de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées, c’est-à-dire séparées, interdites, croyances et pratiques qui unissent en une même communauté morale, appelée Église, tous ceux qui y adhèrent ».
Pour Durkheim, le religieux n’est en fait que l’expression collective de l’attachement au social. Ce qui est sacré dans le religieux n’est rien d’autre que l’expression de la société en elle-même.

Les manifestations du sacré qu’incarnent les objets de cultes, les rites ainsi que les représentations de natures collectives sont vus comme la vénération du lien social. Dès lors, la religion ne résulte que de la société : « le principe sacré n’est autre chose que la société hypostasiée et transfigurée ».

Principales religions dans le monde

Concepts de catégorisation et de désignation des religions

 

Les religions monothéistes ne reconnaissent qu’un seul Dieu : judaïsme, christianisme, islam, bahaïsme 
Religions dites abrahamiques, qui reconnaissent la figure d’Abraham comme premier patriarche.

Les religions polythéistes reconnaissent plusieurs dieux, différemment liés. L’ensemble polythéiste peut être subdivisé en différents types : hénothéisme, monolâtrie par exemple.

Le panthéisme est une philosophie selon laquelle tout est Dieu et en Dieu.

Les religions révélées sont des religions qui affirment détenir leur connaissance de source divine, soit par des apparitions (théophanies), soit par l’inspiration à des prophètes de textes considérés comme d’origine divine. Les religions abrahamiques en sont un exemple.

Les religions peuvent être fondées sur une orthodoxie (christianisme) ou une orthopraxie (judaïsme, bahaïsme, hindouisme).

La présence de certaines croyances ou pratiques (animisme, chamanisme etc..) peut aussi caractériser les religions et permettre un regroupement. La distinction entre religions sacrificielles ou non sacrificielles est particulièrement importante en anthropologie.

Religions éteintes, les religions actives et les nouveaux mouvements religieux. 
religions antiques,
néo-druidisme, néo-paganisme.
On peut également regrouper les religions par aires géographiques, qui sont souvent aussi des aires culturelles. La proximité géographique va souvent de pair avec des emprunts et influences mutuelles, voire une communauté de sources. Dans le monde indien, on remarque que l’hindouisme, le bouddhisme et le jaïnisme, sont profondément liées, comme avec le sikhisme, influencé par l’hindouisme et l’Islam.

Religions d’origine est-asiatique

 Branches du bouddhisme : Hinayana, Mahayana, Vajrayana
 Le shintoïsme, religion animiste d’origine japonaise apparue vers 650
 Le bouddhisme Nichiren, créé par Nichiren vers 1250
 le taoïsme, professé par Lao Zi vers 600 av. J.-C.
 le confucianisme dérive de l’héritage de Confucius qui enseigne vers 550 av. J.-C.

Religions d’origine sud-asiatique

 le jaïnisme, retracé jusqu’au Tîrthankara historique aux alentours des VIIème siècle, VIIIème siècle av. J.-C., 
 le hindouisme, dévélopé du védisme
 le bouddhisme, héritage de Bouddha vers 560 av. J.-C.
 le sikhisme est créé par Nanak Ji dans le Penjab au XVème siècle.

Religions d’origine persane

 le zoroastrisme, dérivé de l’enseignement de Zoroastre vers 650 av. J.-C., parmi d’autres

Religions d’origine proche orientale et européenne

L’expression religions abrahamiques désigne le judaïsme, le christianisme et l’islam dont les écritures, c’est-à-dire le Tanakh, la Bible et le Coran, évoquent la figure d’Abraham.

 Le judaïsme est la religion des juifs, fondée par Moïse (-1200 -1080), elle repose sur le Tanakh (Torah, Nevi’im et Ketouvim) et célèbre le culte monothéiste de dieu Yahvé (YHWH). (14 millions de fidèles)
    Les ashkénaze sont des juifs descendants de Jacob provenant d’Allemagne, de Pologne, de Russie et d’Europe centrale et orientale.
    Les séfarade sont des juifs provenant d’Espagne, du Portugal et qui pour la plupart d’entre eux s’installerent plus tard en Afrique du nord.

 Le christianisme est la religion des chrétiens, fondée par Jésus-Christ (-7 30), elle repose sur la Bible (Ancien et Nouveau Testament) et célèbre le culte monothéiste de dieu et de la Trinité. (2 milliards de fidèles)
    Le christianisme orthodoxe, est une confession originaire de la Grèce antique. Le schisme de 1054 marque la séparation entre l’Église catholique (Occident) et l’Église orthodoxe (Orient). (218 millions de fidèles)
    Le catholicisme romain, est une confession originaire d’Italie qui se caracterise par la reconnaissance de l’autorité du pape de Rome. (1131 millions de fidèles)
    Le protestantisme est une confession issue de la scission entre l’Église catholique et les Églises protestantes au XVIe siècle. (356 millions de fidèles)
       Le luthéranisme, initié par Martin Luther en Allemagne en 1517 à la suite d’un conflit avec le pape.
       L’anglicanisme initié par Henri VIII en Angleterre en 1531. (83 millions de fidèles)
       Le calvinisme, initié par Jean Calvin en France en 1536.

 L’islam est la religion des musulmans, fondée par Mahomet (570-632), elle repose sur le Coran (les sourates de La Mecque et les sourates de Médine) et célèbre le culte monothéiste de dieu Allah. (1570 millions de fidèles)
    Le sunnisme est une branche dont les disciples reconnaissent Abu Bakr comme le successeur de Mahomet. (700 millions de fidèles)
       Le malékisme est une école basée sur l’enseignement de Malik ibn Anas. (711 795)
       Le hanafisme est une école basée sur l’enseignement de Abû Hanîfa Al-Nu’man Ibn Thabit. (699 767)
       Le chaféisme est une école basée sur l’enseignement de Al-Châfi’î. (767 820)
       Le hanbalisme est une école basée sur l’enseignement de Ahmed bin Hanbal. (780 855)
       * Le wahabisme est une doctrine fondée par Mohammed ibn Abd el-Wahhâb. (1703 1792)
       * Le salafisme est un mouvement sunnite revendiquant un retour à l’islam des origines.
    Le chiisme est une branche dont les disciples reconnaissent Ali comme le successeur de Mahomet. (300 millions de fidèles)
    Le kharidjisme est une branche née du refus de l’arbitrage entre Ali et Abu à l’issue de la bataille de Siffin en 657.

Nouvelles religions

La qualité de religion des divers mouvements cités ici fait débat.
 Le bahaïsme, fondé par Mirza Husayn Ali Nuri surnommé Bahá’u’lláh en 1863. 
 Les « Quakers », ou Société religieuse des Amis, sont fondés par George Fox en 1652. (un courant de christianisme)
 Le mormonisme, c’est-à-dire l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, organisé par Joseph Smith en 1830.
 Les Témoins de Jéhovah.
 L’Association internationale pour la conscience de Krishna fondée par A.C. Bhaktivedanta Swami Prabhupada en 1966.
 Le spiritualisme moderne anglo-saxon (1847) et le spiritisme (1857).
 L’antoinisme (1906).
 Le caodaïsme (1921).
 L’Umbanda (1930)
 Le rastafarisme (vers 1960)
 D’autres nouveaux mouvements religieux.

Chiffres et statistiques

Problèmes de dénombrement

Il est difficile d’obtenir des statistiques exactes et précises concernant le nombre d’adhérents aux différentes religions et d’incroyants, ce pour plusieurs raisons :
 Difficulté de mise en œuvre, diversité et validité des modes de comptage : une documentation disponible n’existant pas toujours, le recueil de statistiques est une entreprise qui consomme beaucoup de temps et de ressources ; les différents modes de comptage – inscription sur des listes officielles, estimation selon d’autres critères (ethnique par exemple), auto-déclaration – peuvent donner des résultats différents, chaque mode comportant ses risques d’erreur.
 Manque d’objectivité : les statistiques religieuses sont souvent établies par des organismes rattachés à un ensemble idéologique donné ; il peut y avoir sur- ou sous-comptage délibéré de certains groupes. Certains environnements imposent ou interdisent l’expression de certaines idéologies, empêchant l’accès à l’opinion réelle des sondés.
 Définition des ensembles religieux et idéologiques : les statistiques sont établies par des personnes appartenant à une zone géographique et culturelle donnée. Certaines religions y sont bien connues, donc clairement définies ; d’autres religions « exotiques » peuvent être mal identifiées. Par ailleurs, même pour les religions bien connues, le regroupement peut varier : mormons, témoins de Jéhovah et nouvelles sectes d’inspiration chrétienne peuvent ainsi être inclus dans l’ensemble des chrétiens ou comptés à part. Les incroyants peuvent avoir des difficultés à se situer dans un groupe précis (athée, agnostique, libre-penseur), ce choix réclamant un travail introspectif et des connaissances philosophiques de base pour être fait en connaissance de cause.
 Adhésion exclusive et multi-adhésion : si certaines religions réclament un rattachement exclusif, il existe des zones culturelles (monde chinois p.ex.) où la multi-adhésion est courante, brouillant les statistiques.
 Contradiction dans les déclarations des personnes interrogées, qui affirment appartenir à une religion tout en réfutant les dogmes qui la caractérisent.
 Les statistiques générales ne font pas apparaître le degré d’adhésion réelle aux pratiques ou concepts.

Les statistiques au niveau mondial sont une tâche particulièrement ardue, et la source la plus consultée repose depuis plus de deux décennies sur le travail de David B. Barret et de ses collaborateurs, particulièrement en ce qui concerne le christianisme. Cet ancien missionnaire anglican devenu évangéliste déclare déplorer le manque de concurrence.

Répartition mondiale

Source :   Worldwide Adherents of All Religions, Mid-2005  , Encyclopædia Britannica

Source : Worldwide Adherents of All Religions, Mid-2005, Encyclopædia Britannica
+ Estimations (complétées) de l’importance des grandes familles de religions (2005) :   Chiffres d’adherents.com (complétés)
 Musulmans sunnites (1,350 milliard)
 Catholiques romains (1,028 milliard)
 Hindouistes (900 millions)
 Sans religion (769 millions)
 Chrétiens indépendants (427 millions)
 Religions chinoises (394 millions)
 Bouddhistes (376 millions)
 Protestants (376 millions)
 Musulmans chiites (263 millions)
 Religions tribales (256 millions)
 Orthodoxes (220 millions)
 Athées (152 millions)
 Nouveaux mouvements religieux (108 millions)
 Religions africaines (100 millions)
 Anglicans (80 millions)
 Sikhs (25 millions)
 Juifs (15 millions)
 Mormons (13 millions en 2007)
 Chrétiens (2,1 milliards)
 Musulmans (1,2 milliard)
 Sans religion (agnostiques, athées etc.) (1,1 milliard)
 Hindouistes (900 millions)
 Religions chinoises (394 millions)
 Bouddhisme (376 millions)
 Religions tribales (300 millions)
 Religions africaines et afro-américaines (100 millions)
 Sikhs (23 millions)
 Juche (15 millions)
 Spirites (15 millions)
 Juifs (14 millions) 
 Mormons (13 millions en 2007)
 Bahaïsme (7 millions)
 Jaïns (4,2 millions)
 Shintoïstes (4 millions)
 Caodaïstes (4 millions)
 Zoroastriens (2,6 millions)
 Tenrikyo (2 millions)
 Néo-païens (1 million)
 Unitaristes (800?000)
 Rastafariens (600?000)
 
Répartition en pourcentage du nombre de non-croyants dans le monde en 2009

Répartition en pourcentage du nombre de non-croyants dans le monde en 2009

Le nombre de croyants est supérieur à celui des non-croyants qui comprennent les athées déclarés et les personnes sans confession. La moyenne mondiale des croyants serait de 85,7 %. De grosses disparités existeraient entre les différents pays du monde. En Amérique du Sud, l’Uruguay serait le pays le moins croyant. En Afrique, la totalité du continent serait constitué de croyants avec une majorité de musulmans au nord et une majorité de chrétiens au sud. La Chine et la Corée du Nord seraient parmi les pays possédant le moins de croyants au monde. La Corée du Nord est un des pays où la liberté de culte est la plus réprimée. En Europe, les chiffres seraient plus nuancés selon les pays avec des pourcentages supérieurs à 70 %. Enfin, des pays comme l’Afghanistan et la cité du Vatican afficheraient des pourcentages très proches de 100%.

Importance de la religion dans différents pays – The Gallup Organization – Février 2009

Question posée: La religion est-elle importante dans votre vie quotidienne?

Top 10 des pays les moins religieux

Top 10 des pays les plus religieux
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  (20%)
  (21%)
  (21%)
  (22%)
  (25%)
  (25%)
  (27%)
  (100%)
  (100%)
  (99%)
  (99%)
 Indonésie (98%)
  (98%)
  (98%)
  (98%)
  (100%)
  (98%)

Questions diverses

La question de la sécularisation

Certains parlent de sécularisation ou de sortie de la religion (Gauchet), d’autres parlent de retour du religieux (Hervieux Léger). Des philosophes (Monot) réfutent ces deux thèses complémentaires considérant que c’est parce qu’il limitent la religion à ce qu’ils en critiquent que certains analystes peuvent parler de son retour ou de sa disparition.

Le monde religieux contemporain est marqué d’une part par un processus de sécularisation, voire un « désenchantement du monde », et d’autre part par un « retour» ou un « réveil du religieux », une « revanche de Dieu », par la création de nouveaux cultes et religions, mais aussi par l’apparition de « religion de remplacement ». Ces nouvelles formes se caractérisent souvent par la volonté de se distinguer (voire de se séparer) d’une société qu’elles critiquent, pour adopter un style de vie spécifique et orienté vers un but spirituel.

Importance donnée à la religion par pays

Importance donnée à la religion par pays

En novembre 2008, les évêques de France se réunissaient pour discuter sur le sujet de l’indifférence religieuse grandissante dans la société sécularisée.

La religion, affaire privée ou publique

Mgr Dorylas Moreau affirme que l’idée que la religion doit rester confinée à la sphère privée provient d’une confusion entre morale et religion. Il estime en effet que la morale possède un caractère davantage personnel, qu’on appelle la conscience. Il pense que la religion, quant à elle, possède un caractère davantage public, puisque, selon une des étymologies probables du mot, elle consiste à « relier » des individus. Selon lui, le rôle des institutions religieuses est donc d’éclairer les consciences par rapport aux enseignements propres à chaque religion.

Liberté de religion

La liberté de religion est le droit de choisir et de pratiquer sa religion. Il implique également le droit de changer de religion. On la distingue parfois de la liberté de conscience qui comprend également le droit à l’athéisme. Le fait de pouvoir choisir sa religion est considéré aujourd’hui comme un droit fondamental. Le respect de ce droit est un indicateur du respect des libertés individuelles. Dans certains pays, les principes de la liberté de conscience, bien qu’affichés, peuvent être plus ou moins entravés. En Malaisie, par exemple, la liberté de religion est inscrite dans la constitution, mais des dispositions légales interdisent en fait aux musulmans d’abandonner l’islam.

Le terme religieux apostat désigne d’anciens fidèles qui ont délaissé ou renié les liens les unissant à leur ancienne religion. Ces gens peuvent être des non-croyants ou des convertis à une autre religion.

Religion et art

Le développement spectaculaire de la calligraphie arabe est dû à un interdit religieux.

Le développement spectaculaire de la calligraphie arabe est dû à un interdit religieux.

Au Paléolithique supérieur, le développement de l’art sous ses formes pariétale et mobilière permet de s’interroger sur la signification des thématiques traitées en termes de croyances.

Dans certaines sociétés, le concept d’art est indissociable de celui de religion, l’art se définissant en partie par des fonctions rituelles dans la pratique religieuse : on peut prendre comme exemple les œuvres de l’art africain traditionnel (arts premiers).
Selon Henri Bergson, l’art religieux (musique sacrée, peinture religieuse, architecture religieuse, danse sacrée…) ne se construit pas par rapport à un art profane indépendant. Dans l’histoire, il n’existe pas d’exemple d’art indépendant d’une pratique rituelle à son origine. La technique artistique y est utilisée pour évoquer et renforcer tel ou tel type de sentiment religieux. Dans ce cadre, elle acquiert une certaine maturité, et prend par la suite son autonomie en devenant un art profane.

L’art véhicule une partie des traditions, valeurs et concepts religieux, contribuant à les entretenir et les répandre. En effet, la religion, dans toutes ses manifestations, est mêlée d’art : poèmes mystiques, églises, mosquées et temples, danses, objets sacrés, représentations picturales, tout ce qui touche à la religion a été, à un moment ou à un autre, sujet pour un artiste. De ce fait, les thèmes religieux ont toujours été une inspiration pour les artistes et celui-ci véhicule une partie des traditions, valeurs et concepts religieux, contribuant à les entretenir et les répandre, parfois à les façonner.

La religion influence l’art (littérature, peinture, sculpture…), l’inspire (par exemple à travers des icônes religieuses) ou en restreint l’expression (ce qui est par exemple à l’origine des arabesques). 
La pratique artistique a dû subir des limitations du fait des autorités religieuses, parfois simplement du fait de leur statut de mécène et de clients. Ces limitations ont pu être vécues comme des contraintes, mais ont parfois été tournées à leur avantage par les artistes : l’interdiction de l’opéra a créé l’oratorio, et l’interdit de représentation des êtres vivants dans l’islam a provoqué un développement spectaculaire de la calligraphie. L’usage de l’art comme moyen de critiquer les religions ou leurs abus ont parfois eu des conséquences dramatiques du fait d’extrémistes, comme l’assassinat du réalisateur Théo Van Gogh.

Source Encyclopédie Wikipédia

http://protostarmonsite.blogspot.com/

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